Un document très peu commun… Jeu des fortifications — Das Festung Baues Spiel — [1668-1710]



En matière de bibliophilie… il faut avoir foi dans le hasard : la découverte de la veille après, quand même, une vingtaine d'années de patience !

[JEU DE L'OIE SUR LES FORTIFICATIONS - XVIIIe] - [BOISSIERE (Gilles de la)] - Das Festung Baues Spiel : In welchem die unterschiedene Wercke, so zu beschützung der Festungen u. Lager dienen, fleissig u. eigentlich auf die allerneueste art, in grund gelegt, u. mit allen ihren beschreibungen, u. einer kurtzen und leichten Erklärung der Figuren welche in diser Kunst üblich und gebrauchlich, entworffen sind. Amsterdam, Peter Schenck, s.d. (vers 1706) ; juxtaposition de deux feuilles in plano, Deux planches gravées en taille-douce (61 x 46 cm).

L'art de fortifier… sous une forme ludique.

Cartes à jouer ou jeu de l'oie… au choix !

Les cartes pourraient être découpées pour être utilisées comme un jeu de cartes traditionnel ou laissées intactes pour réaliser un jeu de plateau. Les règles semblent être assez simples : elles impliquent le lancer de dés pour déterminer le mouvement des pions, le vainqueur étant le premier à atterrir sur la case « Complete Vestung » (trad. Place complète).
Des règles supplémentaires ajoutent toutefois du piquant au jeu : par exemple, quiconque atterrissant sur le panneau numéro 10 (« Triangles ») doit effectuer un paiement aux autres joueurs, mais en retour doit passer au panneau 38 « Munbster Platz » (en fait, il doit s’agir du Muster Platz correspondant à la place d’armes). En progressant, les joueurs découvrent différents aspects de la fortification, en commençant par les principes de géométrie et les dispositions de base en matière d’architecture militaire. Ils passent à la fortification des îles, arsenaux, châteaux, etc.

D’après une notice du British Museum…

Ce jeu de cartes militaire a été publié à Paris par J. Mariette vers 1668 (Cary n° 693), tandis que l’édition de Daumont — Inventé et dessiné par Gilles de la Boissiere Ingenieur ordinaire du Roy, LE JEU DES FORTIFICATIONS. Paris : Chez Daumont rue St. Martin pres St. Julien des Menestiers. — paraît vers 1710 (Cary # 694 et 2577). Pierre Mortier, à Amsterdam, a publié une autre édition française dans la même période (Cary # 777). Des versions en langue allemande ont été publiées, toujours sous le titre « Das Festung Baues Spiel » par Ulrich Stapf à Augsburg et Peter Schenck — le présent exemplaire — à Amsterdam (Cary n° 779 et 1021).

L'édition française chez Daumont (vers 1710)

Une notice de la BnF apporte quelques précisions…

« La première version du Jeu de la guerre a été créée par Gilles de La Boissière, ingénieur ordinaire du Roy, pour l’éducation du duc de Berry, fils de Louis XIV, avant d’être reprise, dans cette seconde version, à l’intention du duc de Bourgogne, petit-fils du monarque. Ce type de jeu — on pense aussi au Jeu des fortifications, édité successivement en 1668 puis 1710 — témoigne du climat politique de l’époque et de l’importance accordée à l’art de la guerre.

Édité sous forme de planche, il s’utilise comme un jeu de l’oie ; découpé, il devient un jeu de cinquante-deux cartes. Chaque case, ou carte, associe une illustration à un terme précis, accompagné de sa définition, correspondant à une action de la guerre de siège. La leçon, certes simplifiée, reprend le contenu de traités contemporains, tel le manuel d’Alain Manesson-Mallet, Les Travaux de Mars ou l’Art de la guerre, paru en 1671. »

Notice descriptive.

La planche comprend 52 cartes à jouer illustrées numérotées de manière séquentielle, avec un 53e panneau intitulé « Complete Vestung ». Le jeu de cartes utilise les combinaisons françaises. Chacune offre une illustration représentant un aspect des fortifications accompagné d’une courte notice explicative.
Au sommet de la planche, outre le titre, des panneaux supplémentaires énumèrent les règles du jeu (deux panneaux encadrant le titre). Enfin, au sein de deux panneaux disposés aux bords gauche et droit, une série de textes introductifs portent d’une part sur l’art de la fortification et d’autre part l’importance de la situation et du tracé sur le terrain. Un dernier panneau, disposé à gauche, contient un index des termes, enfin, un panneau final, entouré de draperies, reprend le nom de l’éditeur « Im Verlag und zu finden Bey Peter Schencken in Amsterdam mit privilege ».

Cartels explicatifs

Il s'agit des panneaux venant encadrer le titre. Ici la version correspondant à l'édition française de 1710 :

« La Geometrie estant une entrée necessaire a la science des fortifications, puisque c’est par son secours que les Ingenieurs conduisent leurs travaux qu’ils prennent le plan des places et la distance des lieux, et que les Officiers rangent une armée en bataille et se campent avantageusem[t] soit pour attaquer soit pour se defendre. On a cru à propos de don[n]er quelque conoissance des premiers principes de cette Science dans les premieres figures de cette carte. »

« La Fortification est un art qui enseigne a mettre une Place un Camp ou quelque autre poste que ce soit dans un estat assez avantageux pour qu’un petit nombre de troupes la puisse aisement defendre contre une armée considerable. Le mot de Fortification se prend aussi pour toutes sortes d’ouvrages qui peuvent servir a fortifier. »



Règle du jeu… lorsqu'il est conservé comme jeu de plateau.

RÈGLE DU JEU. Ce Jeu souffre toutes les differentes espece de jeu qui se jouent avec les Cartes ordinaires. On le peut jouer aussi avec deux Dez observant les regles marquées cy dessous.
  • I.er Chacun ayant sa marque l’on conviendra du prix qu’on voudra jouer et l’on comencera par le I nombre jusqu’au 53, ou il faut arriver pour gagner la partie.
  • 2.e Qui arrivera au nombre 10 ou au nombre 11 payera pour ne pas demeure[r] dans les endroits de mauvaise defense et ira au nombre 12.
  • 3.e Qui arrivera au nombre 16 ou sont les dehors sera deux coups sans jouer.
  • 4.e Qui arrivera au nombre 25 ou sont les Ponts sur les rivieres payera deuz pour passer jusques dans les Isles nombre 27.
  • 5.e Qui arrivera au 26 ou est un Comendement se fera payer un par tous les joueurs et ira jusques dans la place d’armes nombre 38. » 
  • 6.e Qui arrivera au 54 ou sont les Contremines et Fougad[ss] es ne ceder[a] pas sa place à celuy qui y viendroit mais il le fera reculer au nombre d’ou il estoit parti et fera recouler tous les joueurs de deuz places.
  • 7.e Qui arrivera au 39 ou sont les Retranchement et Retirade reculera jusqu’au Rempart nombre 50.
  • 8.e Qui arrivera au 45 ou sont les Herse et Orgues y rester jusqu’a ce qu’on le delivre et payera un.
  • 9.e Qui arrivera au 48 ou est le Pont levis attendra pendant un coup qu’on l’aye abbattu et payera un.
  • 10.e Qui arrivera au 49 ou est un ancien Chateau recomencera pour apprendre a le fortifier a la moderne et payera un.11.e Qui rencontrera la marque d’un autre payera un prendra sa place et le renvoira a la sienne.

Un exemplaire peu commun.

Les planches, quel que soit l’éditeur, sont considérées comme étant extrêmement rares… Les exemplaires les plus usuels correspondent à ceux imprimés en noir & blanc. Peter Schenck a publié un exemplaire en bistre. L’exemplaire présenté ici est exceptionnellement rehaussé de lavis d’époque par l’éditeur.

Édition allemande par P. Schenck en N&B, la plus classique

Édition allemande par P. Schenck en bistre (typiquement hollandaise)

Ces mêmes éditeurs ont également publié un « Jeu ​​de guerre » [Kriegspiel], également conçu par Boissière et utilisant un format de jeu de cartes similaire. Cet exemplaire est un peu plus commun que celui traitant des fortifications.

Quelques liens.




Dr Balliet JM — 2 mars 2019



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