Le château de l’Engelbourg (anc. château de Thann)

Château de l'Engelbourg… l'œil de sorcière fascine petits et grands

Résidence des comtes de Ferrette, puis des Habsbourg, le château qui domine Thann contrôlait la route commerciale du col du Bussang et le débouché de la vallée de la Thur.
Détruit en 1673, un tronçon du donjon cylindrique s’est couché à l’horizontale… désormais, on lui donne le surnom d’œil de la sorcière.

Château de l'Engelbourg… Vue du front est.

Château de l'Engelbourg… Vue du front nord.

Abrégé d’histoire de l’Engelbourg

Il occupe le sommet du Schlossberg à 443 mètres d’altitude, domine ainsi la ville de Thann d’une centaine de mètres. Sa construction date probablement du premier quart du 13e siècle. Il s’agit alors d’imposer un péage sur l’importante route qui mène vers la Lorraine. En fortifiant la ville en 1290, les Ferrette assurent leur mainmise sur l’entrée de la vallée.

En 1324, Thann et son château entrent dans les possessions autrichiennes. Le château, modernisé aux 13e -14e siècles, tombe aux mains de Charles le Téméraire. Les Bourguignons rédigent, en 1471-1473, un rapport sur l’état du château soulignant les nombreux défauts d’entretien. Entre 1557 et 1672, il fait encore l’objet de travaux pour échoir, en mauvais état, au cardinal Mazarin en 1658. En 1673, alors que l’Engelbourg n’a plus aucun intérêt militaire, Louis XIV en ordonne pourtant le démantèlement, l’Engelbourg.

La collégiale Saint-Thiébaut, une église gothique dans la ville de Thann, est considérée comme une œuvre majeure de l'art gothique le long du Rhin supérieur.

Introduction sous la forme d'une ballade aérienne.

Éléments architecturaux

Aujourd’hui, la taille du château ne peut être appréciée qu’à l’aide de vues aériennes : cerné par trois enceintes successives disposées sur autant de niveaux, il couronne le sommet du Schlossberg.

Château de l'Engelbourg… d'après un plan de 1660

L’enceinte extérieure (1) entoure les trois quarts du château sur les faces est, sud et ouest. Au nord est disposé un fossé (2) séparant le château de la montagne.
La seconde enceinte comprend quatre tours semi-circulaires à l’est (3) qui commandent l’enceinte extérieure. Elle couvre une première porte (4) qui permet de cheminer jusqu’à une seconde porte également couverte par une tour semi-circulaire (5) et, enfin, une troisième porte (6) permettant d’accéder à une première cour (7) du 13e s. où se trouvaient un logis et une chapelle dédiée à Sainte-Catherine.

On peut alors accéder au haut-château (Kernburg) (8) qui comprend le logis seigneurial et le fameux donjon circulaire. L’enceinte est flanquée par deux tours d’artillerie (9) datant du 15e - 16e s. disposées respectivement à l’est et à l’ouest. C’est également à ce niveau qu’est creusé un puits.

Haut-château (Kernburg), le puits est visible en bas à gauche.
Château de l'Engelbourg… Vue du front sud.

Aujourd’hui

En dehors de l’œil de la sorcière qui lui confère une certaine notoriété, peu de vestiges subsistent. Pourtant, il convient de souligner la qualité de l’entretien des vestiges et, plus particulièrement, celle de la signalétique mise en place. À cet effet, une association des amis de l’Engelbourg s’est créée en 2013.

Une signalétique d'une qualité exceptionnelle !

Sources

Site internet des Châteaux forts d’Alsace

MENGUS (N.), RUDRAUF (J.M.) - Châteaux forts et fortifications médiévales d'Alsace. Dictionnaire d'histoire et d'architecture. Strasbourg, La Nuée Bleue, 2013. p. 318-319

Signalétique disposée sur site.



Commentaires

Reinhold a dit…
Bonjour,
existe-t-il des mémoires d'époque à l'attention des ingénieurs et artificiers du Génie sous Louis XIV sur les bonnes et efficaces manières de rendre inopérant une place forte et des châteaux de ce type ?
Sur la question de l'emploi de l'explosif (mines ?)et / ou du travail de démantelement par l'outil individuel (pioche, pelle, etc)?
J.M. Balliet a dit…
Bonsoir,
Ce sont de bonnes questions qui, en l'état, ne trouveront pas de réponse certaine, car il me faudrait réaliser une série de recherches à ce propos.
Toutefois, la question de la destruction d'ouvrages à l'occasion d'un siège a été souvent évoquée de manière détaillée dès le 17e siècle dans différents traités. Il est tout à fait possible, voire probable, qu'un mémoire ait été rédigé à ce propos… s'agissant de manuscrit, la diffusion restait très confidentielle. Toutefois, parmi l'ensemble des traités imprimés dont je dispose dans mon fonds, je ne me souviens pas avoir vu de développements importants à propos du démantèlement d' ouvrages… à vérfier !
Par contre, ce type de compétence dépendait avant tout des ingénieurs et non des artificiers dont le domaine de prédilection résidait plutôt dans l'artillerie et, en temps de paix, la confection de feux de joie. C'est le cas dans les traités dont je dispose, mais il est probable qu'ils aient été mis à contribution… Là encore, il s'agit d'une question tout à fait pertinente.
Quant au démantèlement lui-même, il reposait, en fonction du type d'ouvrage, sur une mise la œuvre conjointe de mines et-ou de sapes ainsi que des pelles, pics et pioches ! Il est probable que ces derniers moyens aient été prégnants car l'usage d'une main d'œuvre locale et le réemploi des pierres étaient fréquents.
À l'occasion, je verrai les points évoqués de plus près et, en cas de succès, je reviendrai ultérieurement vers vous.
Bien cordialement.
JM Balliet
Reinhold a dit…
Merci à vous,

il y aurait sans doute un travail d'ampleur à réaliser (et certainement très intéressant à effectuer) sur les travaux de démantellements d'un certain nombre de châteaux et places fortes sous la pioche royale française (et peu Suédoises à priori), en se servant à la fois d'archives éventuelles peut-être conservées à Vincennes et concernant les démantellement au cas par cas et en utilisant qui ou quoi exactement pour le faire.
Dans mon souvenir pour le démantellement du Hohnack, il était aussi question de l'emploi de paysans locaux comme main d'oeuvre.
Pour les travaux de sapes, il n'est pas impossible qu'on ait fait appel à des spécialistes locaux (mineurs de Sainte-Marie, etc) comme c'était souvent l'usage d'ailleurs pour le creusement de galeries ou de puits dans la roche.
On serait sans doute ettoné du résultat d'une enquête d'ampleur à l'échelle de l'Alsace, voire du Palatinat ou du Pays de Bade et de l'emploi (peut-être) d'une plus grande proportion de civils locaux(spécialistes ou non)qu'on ne l'imagine.
L'ordre de démantellement pouvait être français, mais il n'y avait pas forcément toujours sous la main prêt à l'emploi un "Corps de Génie" prêt à démanteler à tour de bras, avec toutes les spécialités de métiers dont on aurait besoin en fonction des situations).
En tous les cas les situations ont dû être extrêmement variées et sans doute mélangées en terme d'emploi de compétences(Soldatesques, Officiers du Génie, Civils locaux, spécialistes locaux en mines et sapes, etc.).
En vous remerciant encore,
Bien cordialement,
F.Fritsch
J.M. Balliet a dit…
Bonjour,
Au 17e, il n’y avait pas de corps du génie mais des ingénieurs militaires, structurés ultérieurement, en 1690, en corps royal des ingénieurs militaires, qui étaient parfaitement au fait des opérations à mener pour construire… et détruire des fortifications.
Nous sommes parfaitement d’accord, la ressource la plus abondante, probablement la moins onéreuse, correspondait à la main-d’œuvre locale sans toutefois oublier la main-d’œuvre militaire qui était fréquemment mise à contribution.
Les témoignages écrits sont, somme toute assez abondants, au moins pour la seconde moitié du 17e et le début du 18e siècle… Pour le démantèlement des fortifications et châteaux pendant et après la guerre de Trente Ans, je botte, pour le moment, en touche, car je n’ai pas exploré le sujet.
Je pense qu’effectivement qu’un article de fond portant sur sujet serait intéressant — ce serait même un sujet de mémoire ou de thèse intéressant — sous réserve de procéder à une revue de littérature bien charpentée.
Bien cordialement,
JM Balliet