Le fort Cézon : la clef de l’Aber Wrac’h

Le fort Cézon : la clef de l’Aber Wrac’h

Le fort Cézon constitue le verrou défensif de l’embouchure de l’Aber Wrac’h (nord de la Bretagne) face à une tentative de débarquement ennemi susceptible de prendre la place de Brest à revers.

Le temps de Vauban

Lors de son second voyage en Bretagne en 1685, Vauban élabore un projet de défense de l’embouchure de l’Aber Wrac’h : la construction de quatre batteries (sur les îles de Croix, Plate, Cézon et sur un « rocher ») ainsi que l’aménagement d’un port. Il faut toutefois attendre 1694 pour que ce projet connaisse un début d’exécution.

L’île Cézon, encore aujourd’hui accessible uniquement à marée basse, comprend à l’origine trois batteries de côte ainsi que des retranchements tournés vers le littoral, destinés à protéger l’île lors des basses mers. L’ensemble est dominé par une petite tour d’artillerie, dont la construction commence dès mars 1694, accompagnée d’un corps de garde ainsi que de magasins aux vivres et à poudre. Le pourtour de l’île est d’abord ceint d’un retranchement en terre.

Accès par l'estran • Le fort Cézon
Accès par l'estran • Le fort Cézon

Les évolutions majeures du 18e siècle

Au cours du XVIIIe siècle, divers bâtiments sont ajoutés : caserne, logement du gardien, guérite, citerne. L’enceinte bastionnée actuelle, correspondant au front de terre, n’est achevée que vers la fin des années 1740, rendant obsolète le retranchement en terre. Ce front est défendu par deux demi-bastions et un fossé, la porte étant équipée d’un pont-levis couvert par un modeste ouvrage avancé. Le gros œuvre est réalisé en granite (pierre de taille, moyen et petit appareil, moellon), avec des couvertures en pierre et en ardoise.

Durant les guerres de la Révolution et de l’Empire, un fourneau à rougir les boulets est installé (1793-1795) et, en 1811, les retranchements en terre sont définitivement abandonnés.

La Commission de défense des côtes du 19e s. : les deniers feux français du fort Cézon !

En 1841, la Commission de défense des côtes, ainsi que les instances qui lui succèdent, repense non seulement l’armement, mais aussi l’organisation intérieure du fort. Un nouveau magasin à poudre est construit en 1859 et les remparts sont surélevés. Les travaux sont dirigés par l’ingénieur militaire Robelin fils.

Déclassé dès 1889, le fort semble alors voué à l’abandon. 

Fort Cézon alias Widerstandsnest A 36, un ouvrage du mur de l'Atlantique

Il est toutefois réutilisé durant la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du Mur de l’Atlantique (Atlantikwall). L’ensemble fortifié, considéré comme un point d’appui (Widerstandsnest), reçoit le code A (pour Aber Wrac’h) n° 36. L’île Cézon (A 36) forme, avec Enez Bihan (A 35) et Enez Terch, dite île aux Américains (A 32 au nord et A 45 au sud), le « Stützpunkt Aber Wrac’h ».

L’île comprend alors sept postes individuels d’observation et de mitrailleuse (« Tobrouk »), dont un pour tourelle de char, ainsi que 17 blockhaus et de nombreuses tranchées. Dans le parapet d’artillerie subsistent encore aujourd’hui de nombreuses positions de mitrailleuses. Au nord, une casemate en béton conserve les vestiges d’un canon antichar de forteresse de 47 mm Skoda (d’origine tchèque), tandis qu’au sud une casemate de type 623 pour mitrailleuse lourde est enchâssée dans le rempart. On y trouve également des casemates semi-permanentes (« feldmäßiger Ausbau » ou « verstärkt feldmäßig », avec 1 à 1,5 m d’épaisseur de béton armé) ainsi que des constructions permanentes (« ständiger Ausbau », avec 2 m et plus d’épaisseur) de type 621 et 623.

Actuellement, un site remarquable aux bons soins de l'Association Cézon

Aujourd’hui, l’île et le fort sont entretenus par l’Association Cézon (créée en 1996). Le travail accompli, dans des conditions souvent difficiles liées aux marées, est remarquable. L’accès à l’île se fait uniquement par l’estran : il convient donc de prêter une attention particulière aux horaires des marées, sous peine de se retrouver isolé. Propriété privée, le fort ouvre néanmoins régulièrement ses portes aux visiteurs, notamment à l’occasion des journées européennes du patrimoine.

Portfolio

Le front de terre • Le fort Cézon
Le front de terre • Le fort Cézon

Tour d'artillerie • Fort Cézon
Tour d'artillerie • Fort Cézon

Tour d'artillerie • Fort Cézon
Tour d'artillerie • Fort Cézon

Tour d'artillerie • Fort Cézon
Tour d'artillerie • Fort Cézon

Guérite restaurée par l'Association Cézon • Fort Cézon
Guérite restaurée par l'Association Cézon • Fort Cézon

Magasin à poudre, 1859 • Fort Cézon
Magasin à poudre, 1859 • Fort Cézon

Vue aérienne illustrant les ouvrages allemands de la 2e GM. La flèche pointe vers l'ouvrage abritant le canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon
Vue aérienne illustrant les ouvrages allemands de la 2e GM. La flèche pointe vers l'ouvrage abritant le canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon

Vestiges du canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon
Vestiges du canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon

Vestiges du canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon
Vestiges du canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon

Vestiges du canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon
Vestiges du canon de 47 mm Skodà • Fort Cézon


© tous les clichés de l'auteur • Dr Balliet JM, 2026



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